La Lettre de L’Agora
une agora, une encyclopédie
Automne 2026
L’Occident en jeu et son héritage, de Gaulle, grands disparus, poésie et élections québécoises
Depuis plusieurs Lettres déjà, l’Encyclopédie de l’Agora mousse l’étude des humanités gréco-latines, dont le site contient de beaux morceaux. Cette promotion prendra une forme plus régulière encore, avec la publication, dans les Lettres à venir, d’au moins une chronique sur ce noble sujet. Richard Lussier, président de la Fondation Humanitas, est à l’origine de cette initiative, comme il l’explique dans un court message. Pour inaugurer cette chronique, la Lettre publie un article de Jacques Larochelle sur l’un des grands dramaturges de l’Antiquité classique grecque, Sophocle, notre frère universel. De même, la Lettre dévoile la deuxième partie de l’étude du philosophe Gérard Allard sur l’allégorie de la caverne, si emblématique de l’œuvre de Platon. On trouvera également la première partie, publiée dans la Lettre précédente.
Un autre texte fait le pont entre la romanité antique et notre monde, bouleversé par des angoisses apocalyptiques et la tragédie des mouvements migratoires, désirés ou non, qui secouent les sociétés avancées. Marc Chevrier signe ainsi un compte rendu critique du dernier ouvrage de la philosophe française Chantal Delsol, qui brosse un parallèle appuyé entre la Rome tardive sous pression des migrations barbares et ce qu’elle appelle l’« Empire occidental ». La philosophe tâche, ce faisant, de trouver des enseignements de sagesse dans l’œuvre de saint Augustin. De même, Georges-Rémy Fortin livre ses impressions de lecture de l’ouvrage réalisé par le journaliste français Frédéric Martel, qui a interviewé un nombre impressionnant d’ennemis et d’amis de l’Occident. Le journaliste tente de défendre la démocratie libérale en exposant la pensée de ceux qui la détestent dans plusieurs continents.
Au cours de l’été, les médias ont beaucoup parlé du film hollywoodien de Christopher Nolan, L’Odyssée, et presque autant, sinon plus en France et au Québec, d’une autre grande production, La bataille de Gaulle d’Antonin Baudry. Marc Chevrier a vu les deux tranches de ce dernier film, au sujet duquel il nous livre ses commentaires.
Jacques Dufresne nous parle d’un amour hors d’âge, encore plus improbable et plus inspirant que l’amour que l’on éprouve à 20, 40 ou 60 ans.
La disparition d’êtres chers, de figures politiques ou intellectuelles importantes, dont certaines proches de l’Agora, a marqué les derniers mois qui viennent de s’écouler. C’est sous la forme d’un hommage poétique que Jacques Larochelle témoigne des souffrances d’un ami malade. La forme de l’ïambe à laquelle recourt Me Larochelle fait un clin d’œil sans doute à la poésie d’André Chénier, grand amoureux de la Grèce antique, dont nous reproduisons aussi quelques vers. La présente lettre contient également des hommages à Émile Robichaud et à Jean Allaire, si engagés dans la société québécoise. De même, la disparition de penseurs comme Thomas de Koninck et Wendell Berry nécessitait quelques mots reconnaissants. Nous ont quittés également Edgar Morin, el pensador planetario connu pour ses travaux sur la complexité, ainqi que son ami proche, l’écrivain et journaliste Heinz Weinmann, décédé cet été à la suite d’un tragique accident de la route.
Enfin, ce numéro ne pouvait pas ignorer la campagne électorale en cours au Québec. Georges-Rémy Fortin et Marc Chevrier en ont touché chacun à leur façon.
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Transmettre l’héritage
Fondation Humanitas
Monsieur Jacques Dufresne invitait en 2017 la Fondation Humanitas pour les humanités gréco-latines au Québec à publier dans la Lettre de l’Agor> une chronique sur les humanités gréco-latines. Hélas, notre fondation n’était pas à ce moment-là prête à saisir la généreuse offre de monsieur Dufresne. Depuis, la situation ayant changé, le dieu Kairos, la divinité du bon moment, nous ayant visités, nous saisissons l’occasion qui nous est de nouveau offerte.
Sophocle, notre frère
Jacques Larochelle
Peut-on vraiment comprendre un auteur dont vingt-cinq siècles nous séparent? Le temps, ce grand dévoreur de toute chose, a-t-il aussi dévoré la substance du monde où vivait ce personnage singulier, rendant toute communication entre nous impossible par la disparition des réalités sociales, politiques et psychologiques dans lesquelles son existence s’est déroulée, et son œuvre s’est constituée?
L’allégorie de la caverne – deuxième partie
Gérald Allard
Ce texte est la deuxième tranche d’un long exercice de réflexion sur l’allégorie de la caverne de Platon. La première tranche porte sur le contexte littéraire du texte bien connu, soit la dimension politique de la vie. Cette deuxième porte sur l’allégorie elle-même.
Les méditations crépusculaires de Chantal Delsol. Autour du livre La tragédie migratoire et la chute des empires
Marc Chevrier
Face aux peurs apocalytiques et à la tragédie migratoire qui ébranlent un Occident doutant de lui-même, la philosophe Chantal Delsol tire des leçons du contexte et de l’oeuvre d’un célèbre Romain, saint Augustin.
Mélanges intempestifs. Thomas de Koninck, La bataille de Gaulle et les nombrils électoraux
Marc Chevrier
Quelques considérations relatives à la disparition de Thomas de Koninck, philosophe de renom, au film épique La bataille de Gaulle et à la campagne électorale de l’automne 2026 au Québec.
Les Occidents de Frédéric Martel ou comment rallumer le feu sacré de la démocratie libérale
Georges-Rémy Fortin
Pour Frédéric Martel, auteur de l’ouvrage polémique Occidents, l’idéalisme anti-occidental cache surtout de misérables intérêts personnels : appât du gain, désir de domination, de jouissance sexuelle, etc. Martel est foncièrement individualiste. Soit on assume l’individualisme général avec l’État de droit pluraliste, et alors on favorise l’intérêt général. On ne peut dépasser l’égoïsme individuel qu’en l’assumant franchement. Soit on rejette la démocratie pour faire passer l’intérêt privé avant l’intérêt général. Il faudra alors recouvrir l’intérêt privé de grandes causes, soit la nation, le communisme ou une religion.
Billet électoral: Équipe Québec contre Équipe Canada
Georges-Rémy Fortin
Même en ayant reporté le référendum à l’après-Trump, le PQ continue de faire peur à Carney. Un gouvernement du Parti Québécois jouerait égal à égal avec les bullies de l’Ontario et de l’Alberta, pour imposer une approche québécoise dans les négociations avec les Américains. Une approche prudente plutôt que les menaces, un soutien aux PME et l’équilibre budgétaire plutôt que les éléphants blancs et le pétrole d’Équipe Canada. Le référendum, même remis à plus tard, reste notre plus grand atout. Cet atout, il faut le jouer maintenant ou jamais avec l’Équipe Québec..
L’amour hors d’âge
Jacques Dufresne
Je n’aurais jamais prévu qu’à notre âge, dans les conditions où nous sommes, nous soyons si intimement liés. Ce n’est pas l’amour de 20 ans, ce n’est pas celui de 40 ans, ce n’est pas celui de 60 ans. C’est un amour encore plus improbable et donc, en un sens, encore plus inspirant, nourricier. L’amour immortel de deux incurables.
Pour Julien, hommage funèbre suivi de poèmes d’André Chénier
Jacques Larochelle
Je l’ai vu le dix août de l’an deux mil vingt-six. / L’amour sublime de ce père / Au vrai n’a pas de temps, car il l’égale à Dieu. / Je fus témoin d’un saint mystère, / Et j’en fus transporté hors du temps, hors du lieu..
Émile Robichaud ou l’école d’hier pour demain
Jacques Dufresne
Notre ami Émile est mort le 25 juin dernier à 91 ans. Il a été professeur, directeur d’école, consultant, formateur de maîtres. Et tout au long de cette carrière, il a donné des conférences, écrit des articles, puis publié des livres. Si on devait nommer cinq personnes qui ont joué un rôle de premier plan au vingtième siècle en éducation au Québec, il ferait partie de cette liste.
Rendre hommage à Jean Allaire et son héritage dans le débat référendaire de 1995
Jacques Dufresne
Jean Allaire a été un donateur généreux pour l’Agora. Je l’ai rencontré personnellement à quelques reprises chez lui, à Laval. Il est venu à la maison aussi à quelques reprises. Il aimait faire des voyages dans une maison mobile. Mais ce qui m’étonne le plus en ce moment, c’est qu’on ne semble pas attacher beaucoup d’importance au rôle qu’il a joué avant le référendum de 1995. Je ne connais pas avec précision les raisons pour lesquelles il a quitté le Parti libéral.
Edgar Morin, el pensador platenario (1921-2026)
Jacques Dufresne
Il n’est plus celui que ses amis latinos appellent el pensador planetario. Transgressant les frontières entre les pays et les continents comme entre les disciplines, les religions et les visions du monde, il a domestiqué cette idée de complexité rendue nécessaire actuellement aussi bien par l’état de la planète que par celui de la science et de l’humanité.
Heinz Weinmann, essayiste et journaliste québécois (1940-2026)
La rédaction
Né en 1940 en Allemagne, il émigre au Canada en 1969 ou il devient professeur de littératures française et québécoise au Cégep de Rosemont. Une partie importante de son œuvre cherche à comprendre le passage historique et symbolique du Canada français au Québec moderne, à travers le cinéma notamment. Spécialiste de l’oeuvre d’Edgar Morin, dont il est un ami proche, il participe à l’édition du recueil de textes du philosophe français sur le thème de la Complexité humaine (Flammarion, 1994).
Wendell Berry, chantre de la vie et de la vie intérieure (1934-1926)
Bernard Lebleu
Poète, romancier, essayiste et agriculteur, il est tour à tour présenté comme écologiste, agrarien, chrétien, pacifiste, critique du capitalisme industriel ou adversaire de la démesure technologique. Wendell Berry appartient à cette espèce devenue rare d’écrivains que chacun semble pouvoir revendiquer sans jamais parvenir à se les approprier tout à fait.

