Jusqu’au 6 juin, le TNM présente « Don Quichotte » au TNM, dans une adaptation éclatée et éclatante de Rébecca Déraspe et dont l’idée originale et la mise en scène sont de Frédéric Bélanger. Une pièce rigolote et sensible à voir!
C’est un euphémisme de dire que le cerveau de Rébecca Déraspe est un riche bouillon de culture où fourmillent mille et une idées, parfois se chevauchant, parfois faisant cavaliers seuls… Ce qui est certain, c’est que, de ce maelström, naissent à la fin, des idées brillantes, dont se régalent les spectateurs…
Ce Don Quichotte très moderne qu’elle a imaginé, respecte quand même l’esprit et les grands thèmes exploités par Cervantes, au début du XVII ème siècle.

La pièce…
Dans un décor très simple, constitué d’une sorte d’alcôve, ceinte d’une volée de marches aboutissant à un palier – faisant office de faîte d’une montagne – trois musiciens (Adrien Bletton, Guido Del Fabbro, Jean-Philippe Perras) accompagnent la pièce de leurs performances musicales. Des poteaux de danse sont installés çà et là dans le décor…
Cette alcôve aux formes atypiques représente le dernier lieu où les hommes sont en sécurité. Dès qu’ils franchissent le pas de cette dernière, ils sont en danger… L’intérieur de cette alcôve est une maison close. C’est ainsi que l’on retrouve la tenancière du bordel, Mme Petit (Debbie Lynch‑White), et ses protégés, les prostituées et un homosexuel. Donc, le monde « sûr » est constitué des marginaux de la société, et la société, à l’extérieur, représente le danger… (De quoi redéfinir le cadre de notre société!…) Les prostituées sont de véritables artistes de cirque, qui dansent sur les poteaux.
Arrive le fameux Don Quichotte de la Mancha (extraordinaire Normand D’Amour) qui, au début, est un professeur de littérature, épris de poésie et de liberté. Il transforme un simple manche à balai en épée imaginaire. Puis, il devient un chevalier, qui veut sortir de l’alcôve protecteur pour aller affronter les méchants de ce monde et rétablir la paix et la justice… Chaque fois, le clan de la maison close l’en empêche, afin de lui sauver la vie. Mais Don Quichotte n’en démord pas : il veut partir à l’aventure sur les grandes routes, à la recherche de causes et de gens à défendre. En bon Don Quichotte, il sera aussi amoureux d’une femme imaginaire, Dulcinée (Marie-Andrée Lemieux), pour qui il sera prêt à souffrir mille tourments, et même à mourir, s’il le faut…

Sur son chemin, il rencontrera Sancho Pança (Benoît McGinnis), qui deviendra son écuyer fidèle. Sancho est le seul compagnon qui le suivra dans ses folies jusqu’à la fin, tout en gardant les pieds sur terre (une sorte de mélange entre folie et réalisme).
Le traitement…
La pièce comporte des scènes ubuesques, fantaisistes, vaudevillesques, où l’on rit de bon cœur, comme un enfant. Car la folie, c’est aussi ça : les combats imaginaires, le rire spontané, l’abandon de la rationalité, la joie, juste la joie et le plaisir…
Comme dans le roman de Cervantes, Don Quichotte persévérera dans sa folie jusqu’à son lit de mort, où, finalement, il acceptera la réalité, telle qu’elle est, même si elle est intensément banale, plate et routinière.
Sous ces dehors romanesques, Déraspe place quelques notions de morale, que l’on pourrait résumer dans ces quelques phrases.
Les fous sont-ils réellement ceux que l’on étiquette comme tels : les marginaux, les rêveurs, les idéalistes, les artistes? Vaut-il mieux se cantonner dans la réalité plate et décevante plutôt que de vivre dans le rêve et le merveilleux?
Sa réponse… Les homosexuels, les marginaux, les artistes, les rêveurs doivent être adoubés à notre monde, tout comme Don Quichotte l’a été par Mme. Petit…
Et… Vive le rêve, vive la liberté, vive la folie créatrice!
N.B. Des supplémentaires sont déjà prévues les 19 et 31 mai 2026.


