Le 3 mai dernier, à la Maison symphonique, le chef et directeur musical des Violons du Roy, Bernard Labadie, dirigeait l’orchestre et le chœur La Chapelle de Québec dans ce que j’appellerais Un chant polyphonique de l’Au-delà…
C’était en effet un concert d’exception de chants polyphoniques de l’époque baroque, mettant en exergue la finesse, la beauté et le raffinement du chant liturgique contrapuntique du XVIII ème siècle.
Le concert
Johann Kuhnau (1660-1722) Tristis est anima mea
Le concert lui-même a suivi, en quelque sorte, un ordre chronologique, en présentant tout d’abord le motet Tristis est anima mea, de Johann Kuhnau (1660-1722), le précurseur de Bach. Ce Cantor respecté a composé plusieurs odes, motets et cantates, qui inspirèrent grandement Bach. Cette œuvre à cinq voix, composée tout en contrepoints, illustre le chemin de croix de Jésus. Cet apéro lyrique ouvrira la voie au Motet Jesu, meine Freude, BWV 227, de Johann Sebastian Bach (1685-1750) qui suivra.

Johann Sebastian Bach (1685-1750) Motet Jesu, meine Freude, BWV 227
Le motet se chantait généralement a cappella ou discrètement doublé par des instruments. Il se chantait au début de l’office dominical ou lors de funérailles; ce qui fut probablement le cas pour ce motet de Bach.
Ici, le chœur et les solistes alternent et chantent parfois ensemble.
Solistes : Sheila Dietrich (Soprano 1), Stéphanie Manias (Soprano II), Marie-Andrée Mathieu (Mezzo-soprano), Philippe Gagné (Ténor) et Nathaniel Watson (Baryton).
Cette œuvre est tout simplement phénoménale, tant sa richesse contrapuntique est grande, et son interprétation, exigeante. C’est le plus long et le plus complexe, musicalement, des motets de Bach. Il comprend 11 mouvements, pour 5 voix, au minimum. Les paroles sont de Johann Franck, alors que la mélodie du cantique est composée par Johann Cruger. Celle-ci apparaît dans tous les mouvements, et est déclinée dans différents styles de choral. Bach a agencé les deux textes fondateurs du motet, en les faisant alterner et se compléter, dans une structure de symétries sur différentes couches. Une œuvre d’une finesse incomparable!

George Frederic Haendel (1685-1759) Concerto grosso en ré mineur, op.6, no. 10, HWV 328
Cette œuvre, composée en 1739, est conçue pour 5 solistes, un chœur à cinq voix, un orchestre à cordes et la basse continue.
Le concerto grosso en ré mineur, op. 6, contient 5 mouvements, dont les 3 derniers sont Allegro, ce qui rompt avec la tradition de l’alternance de mouvements lents et vifs. Ce Concerto en ré mineur repose sur de courtes cellules mélodiques et rythmiques exploitées à fond. Aux instruments solistes, on retrouve Pascale Giguère et Katya Poplyansky (violons) et Benoît Loiselle (violoncelle).
Dixit Dominus
Haendel, né la même année que Bach, composa ce concerto en 1707, alors qu’il n’avait que 22 ans…
Le Dixit Dominus de Haendel est caractérisé par une expression musicale intense et contrastée. L’œuvre est structurée par une alternance de rythmes, de textures et d’ambiances distinctes, créant un effet dramatique remarquable. Ce dynamisme constant, entre dynamisme et intériorité, est au cœur de l’esthétique de l’œuvre.
Les 8 mouvements font alterner – et parfois chanter ensemble – le chœur et les solistes, qui sont Sheila Dietrich (Soprano 1), Marie Magistry (Soprano II), Marie-Andrée Mathieu (Mezzo-soprano), Philippe Gagné (Ténor) et Nathaniel Watson (Baryton).
« Ce psaume, qui annonce le triomphe spirituel du Christ sur ses ennemis, comprend sept versets. La partition tient autant de la cantate concertante que des vastes fresques chorales des futurs oratorios londodiens. » (Livret)
La structure de l’œuvre, qui alterne ou conjugue chœurs et arias pour solistes (2 sopranos, contre-ténor , 2 ténors, basse) afin de souligner le contenu émotionnel du psaume, en fait une sorte de cantate sacrée en huit parties.
L’exécution totale de l’œuvre dure environ trente-cinq minutes. Au 5ème mouvement, elle conjugue une majestueuse gamme ascendante à une nuée de vocalises.
C’est tout un bouquet de vocalises et de mélodies en contrepoints qui nous a été servi, sur un lit d’excellence, par les Violons du Roy.
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