Luce Langis

Chroniqueure culturelle

Teac Damsa danse MAM : Secousse sismique au Théâtre Maisonneuve


La Terre, les cœurs et les âmes ont tremblé hier durant la représentation de la troupe irlandaise Teac Damsa. La production MAM, imaginée par le chorégraphe irlandais Michael Keegan-Dolan, nous a secoués comme de vieilles branches placides…

C’est que ça « déménageait », cette troupe de 12 danseurs et de sept musiciens de l’ensemble berlinois stargaze! Ouf! Il fallait prendre un moment de recul, pour se remettre de ses émotions, après quelque 90 minutes de danse effrénée, de désarticulation des corps jusqu’à la limite et de surprenants tableaux avec souvent, à la clé, un clin d’œil humoristique…

Les impressions qui me sont venues en vrac sont l’étrangeté de plusieurs scènes, le désir fou de liberté qui se dégage de toute la production, la rébellion face aux dogmes établis, le désir de fuir toute contrainte physique et psychologique, et enfin, le don total des interprètes pour leur art…

À travers toute cette effervescence, on peut distinguer certaines valeurs du chorégraphe : le désir de se réapproprier sa culture irlandaise, à travers les danses et la musique, l’absence de jugement sur la sexualité (les hommes embrassent autant les femmes que les autres hommes), le désir de faire éclater toutes les barrières.

J’ai cherché le lien qui pouvait rassembler tous ces tableaux dansés, mais le seul que j’ai trouvé est le désir de liberté totale, sans entrave aucune. Ainsi, les 12 danseurs se démènent dans une énergie folle, parfois seuls, parfois en interaction avec les autres. On sent qu’il n’y a pas de hiérarchie dans la troupe. Tous sont au même niveau et chacun, à un moment donné, danse seul, au-devant de la scène. Une petite fille regarde ce monde d’adultes et y participe de temps en temps, à sa façon.

La musique

Au cœur de cette chorégraphie, il y a la musique, présente tout au long du spectacle. Du début à la fin, un homme joue sur un petit accordéon. Durant les premières scènes, la tonalité reste dans les tons graves, pour se transporter dans les aigus vers la fin. Après quelques minutes de danse au son de l’accordéon, un grand rideau se lève, faisant apparaître les 7 musiciens, qui continueront à accompagner les danseurs. Les sons sont souvent très discordants, comme des « couacs » voulus de clarinette. Ainsi, on retrouve le non-conformisme jusque dans la musique. Ne cherchons pas ici l’harmonie, mais plutôt le déséquilibre souhaité. Le pianiste s’en donne aussi à cœur joie, en jouant d’une main et en tapant sur les marteaux des notes, de l’autre. C’est un dialogue à deux, où danseurs et musiciens s’accompagnent dans une création libre et totale, se relancent, s’emballent, sans jamais, semble-t-il, se fatiguer… C’est phénoménal!

Bien que le chorégraphe cherche à redéfinir la musique et la danse irlandaises, la musique traditionnelle irlandaise – de même que la gigue – réapparaissent, à plusieurs endroits, dans le spectacle.

 Ainsi, le passé se prolonge dans le présent, et jeunes et vieux habitent la même terre et la même scène.

La pièce MAM parcourt la planète depuis 7 ans. On peut la voir au Théâtre Maisonneuve jusqu’au 4 octobre.

Dépaysement garanti!

https://www.dansedanse.ca/fr/compagnie/teac-damsa

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