Luce Langis

Chroniqueure culturelle

Les interstices : mises en lecture de quatre textes d’Amérique latine


    Les interstices : mises en lecture de quatre textes d’Amérique latine   Profitant des lundis de pause des spectacles de cette deuxième moitié de saison, la directrice Édith Patenaude propose Les Interstices pour faire découvrir au public des langages et des artistes qui ouvrent, dans la pratique, des chemins de traverse. Réagissant à l’absence d’écritures de femmes latino-américaines sur nos scènes, Víctor Cuellar, Margarita Herrera Domínguez et Lesly Velázquez, de la Coop Ludotek-Art, orchestrent les mises en lecture de quatre textes d’Amérique latine, inédits au Québec, dans les décors des spectacles.   « Parmi nos objectifs, on souhaitait présenter des textes d’autrices qui sont représentatifs de l’Amérique latine incluant des personnages féminins de différentes générations, tout en diversifiant les propositions », a révélé la coproductrice du projet. « On parle aussi beaucoup de l’impact du corps dans les sphères sociale et politique. » – Margarita Herrera Domínguez en entrevue avec Jessica Samario dans Bible urbaine   Les billets sont vendus au tarif unique de 15$! Une production de la Coop Ludotek-Art
En collaboration avec ESPACE GO
Avec le soutien de la Fondation Cole   Rectangle : coins arrondis: En savoir plus ↗       Lundi 9 février 2026, 19h   Deux courtes pièces   Manifeste transpophagique (Manifesto Transpofágico)   Texte : Renata Carvalho (Brésil)
Traduction : José Luis Pereira de Sousa
Mise en lecture : Lydie Dubuisson Avec : Lior Maharjan et Zoé Boudou « C’est un garçon ou une fille? C’est à partir de cette réponse que se décide notre vie. C’est à partir de cette réponse que le monde dira ce que nous sommes, qui nous sommes. » Renata est « une travesti ». Parfois, elle aimerait sortir de ce corps — juste un instant — pour savoir ce que cela fait de vivre sans être constamment observée, commentée, raillée, pointée du doigt. À la naissance, on lui a assigné le sexe masculin. Avec lui viennent les injonctions : jouer à la guerre, aimer les voitures et les super- héros, faire du sport et, surtout, ne pas pleurer. Le problème des stéréotypes n’est pas qu’ils mentent, mais qu’ils réduisent une vie à la seule histoire possible. Pourtant, il en existe des milliers! Le corps de Renata voulait être un corps féminin. Et c’est dans ce corps qu’elle s’est construite. Manifeste Transpophagique est une performance coup de poing, à la fois manifeste, récit de vie et geste politique. À partir de son expérience de travesti au Brésil, Renata traverse l’enfance, la construction du genre, l’exposition et la sexualisation des corps, la marginalisation, la violence sociale et la répression policière. Seule en scène, cette militante brésilienne des droits de la personne engage son corps et sa parole pour confronter les normes et les regards, et ouvrir un dialogue direct avec le public sur la manière dont les violences et les perceptions transphobes sont produites et perpétuées. Un théâtre de présence et de résistance, affirmant le droit fondamental d’exister.   Ailes de Papillon (Alas de mariposa)   Texte de Sayuri Navarro (Mexique)
Traduction : Françoise Major
Mise en lecture : Lydie Dubuisson Avec : Lesly Velázquez et Zoé Boudou « Il m’a dit que j’étais un chien, son petit chien. » Un soir, dans la rue, un homme aborde Sayuri en lui disant qu’elle a des ailes, comme les papillons, et qu’elle peut voler. Intriguée par cette entrée en matière, elle accepte le jeu et soutient son regard, comme il le lui demande. Un regard hypnotique. Elle tente alors de bouger, mais n’y parvient pas, puis cesse de résister. À partir de cet instant, l’homme installe peu à peu son emprise sur son corps, ses pensées, sa perception d’elle-même. Ailes de papillon est un récit initiatique et choral qui retrace le parcours d’une femme prise dans une relation de domination, de manipulation et de violence psychologique. Peu à peu coupée d’elle-même, de ses proches et de son identité, elle se replie dans un espace de survie intérieure. Au bord de l’anéantissement, elle trouve appui dans une mémoire féminine — les voix de sa mère, de ses grands-mères et de toutes les femmes qui l’ont précédée — qui lui transmettent une force de résistance et lui rappellent que lorsqu’on arrache les ailes d’un papillon, elles repoussent.   Rectangle : coins arrondis: Réserver ↗       Lundi 16 mars 2026, 19h   Les nageuses (Las nadadoras)   Texte de Nara Mansur (Cuba)
Traduction : Christilla Vasserot
Mise en lecture : Faiza Maskhouni Avec : Rose-Maïté Erkoreka et une interprète « Le monde les a abandonnées, mais elles ne s’en sont pas rendu compte. » Lorsque Jovita et Clara arrivent au club sportif pour leur cours de natation, une déception les attend : les piscines sont fermées. Elles avaient pourtant besoin de nager. Ce temps suspendu devient alors un espace d’imagination et de dérive, où le langage prend le relais du corps et fait émerger tensions, désirs et inquiétudes. À travers une écriture fragmentée, la pièce Les Nageuses explore la manière dont la violence peut s’inscrire dans les corps avant même d’être clairement identifiée, comment elle dérègle la perception de soi et transforme la survie en effort permanent pour rester à flot. La pièce est une expérience sensorielle et politique qui ne raconte pas une histoire au sens classique, mais fait ressentir un état de tension, d’exposition et de résistance fragile.   Rectangle : coins arrondis: Réserver ↗       Lundi 27 avril 2026, 19h   La Patience (La Paciencia)   Texte de Macarena García Lenzi (Argentine)
Traduction : Flavia García
Mise en lecture : Ximena Ferrer Avec : Melania Balmaceda Venegas, Maryline Chery et une interprète « Calme-toi, calme-toi, respire profondément Ludmila. Nous n’avons rien fait de mal. Gloria va arriver, nous lui expliquerons tout et elle se rangera de notre côté. » — Sylvia Dans un établissement de soins hospitaliers, Ludmila et Silvia travaillent au rythme des sonnettes, des écrans défaillants, des pénuries de matériel et de l’épuisement quotidien. Entre gestes techniques, petites stratégies de survie, humour grinçant et solidarité fragile, ces infirmières tentent de tenir debout dans un système qui exige toujours plus, tout en leur offrant toujours moins. Mais un événement fait basculer leur routine dans le drame. À son retour d’une manifestation syndicale, leur cheffe Gloria découvre l’incident avec effroi. La pièce La Patience est une comédie noire qui explore avec une rare acuité la réalité des milieux de soins de santé : la charge émotionnelle, la précarité, l’invisibilisation, la pression institutionnelle, mais aussi les zones de loyauté, de mensonge et de résistance qui s’y déploient. En toile de fond, la lutte syndicale rappelle que ces corps fatigués sont aussi des corps politiques, traversés par des rapports de pouvoir, de classe et de genre.   Rectangle : coins arrondis: Réserver ↗         Ludotek-Art est une coopérative interculturelle d’artistes et travailleuses et un incubateur voué à la recherche, à la création et à la production d’œuvres à la jonction entre le théâtre et d’autres disciplines artistiques. Elle stimule la professionnalisation de ses artistes et le renforcement des pratiques interdisciplinaires et interculturelles. Son ouverture à la pluralité des imaginaires veut soutenir l’épanouissement de voix marginalisées. À travers l’ensemble de ses activités, la coopérative Ludotek-Art développe un processus de création favorisant le métissage des savoir-faire issus de différentes pratiques et perspectives de recherche.         Facebook Instagram LinkedIn YouTube TikTok  
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