Du 22 septembre au 21 octobre 2026, le TNM présente L’Orestie, du poète grec Eschyle, une pièce écrite quelque 450 ans avant J-C, mais toujours – ô combien! d’actualité! La metteure en scène Alice Ronfard a su en faire une adaptation et une mise en scène très justes et accessibles au grand public. C’est une production grandiose, issue d’une collaboration entre le TNM et le Théâtre français du CNA, qui n’ont pas ménagé leurs ressources, afin d’en faire un événement théâtral majeur.
Cette pièce, constituée de 3 tragédies grecques, soient Agamemnon, Les Choéphores et Les Euménides, traite de la vengeance, du cycle de la violence, puis de la justice, cette dernière étant d’abord attribuée aux dieux, puis remise entre les mains des humains. D’une durée de 3 heures et demie, la pièce passe quand même à un rythme agréable et « très digeste », car elle est entrecoupée de 2 entractes… une idée géniale!
Comme toute tragédie mythologique, l’histoire d’Orestie est touffue, complexe, et met en scène de nombreux personnages. Ainsi, 31 comédiens sont sur scène pour raconter cette épopée.

Il faut souligner la grande qualité de cette production, qui est d’avoir su l’adapter à notre compréhension et oreilles modernes, tout en gardant son sens intrinsèque… ainsi que notre attention soutenue. C’est cet important défi qu’a su relever avec brio Alice Ronfard!
L’histoire
Cette histoire est très complexe, comme nous l’avons dit. Aussi, afin de ne pas la dénaturer, j’invite le lecteur à lire l’excellent résumé présenté dans le programme.
« Une rumeur court dans la Cité : les Troyens seraient vaincus, la guerre est terminée et bientôt les Grecs triomphants regagneront leurs terres ! Pourtant, dans le camp des vainqueurs, un autre conflit aura bientôt des conséquences funestes. Personne n’a oublié le fort prix auquel a consenti le roi Agamemnon pour s’assurer la victoire. En sacrifiant aux dieux sa fille Iphigénie, le souverain s’est attiré les foudres d’une ennemie redoutable, sa propre épouse Clytemnestre, blessée et en colère. Elle orchestre alors le meurtre de son mari, lequel s’inscrit dans la chaîne des événements qui accablent la succession maudite de l’aïeul Atrée. Cette mort déclenche surtout la fureur des enfants survivants du couple, Électre et Oreste, qui ne peuvent laisser ce crime impuni. Ainsi le meurtre appelle le meurtre, la violence engendre la violence en un cycle sans fin. Faut-il encore s’en remettre aux dieux, dont les desseins sont rarement limpides et dont les caprices sont légendaires ? En fuite, à bout de souffle, pourchassé, Oreste le matricide implorera Athéna, la guerrière mais aussi la juste, la sage. La réponse de la déesse sera à la fois un cadeau et une charge, une libération et une responsabilité : les dieux se retirent du tribunal, il appartiendra donc désormais aux humains de juger du sort de leurs semblables. » (Texte intégral du programme)
Ainsi, la première partie de la trilogie expose la raison de la guerre entre les Grecs et Troie. Dans la seconde partie, on y traite de la vengeance des dieux. Enfin, dans la dernière, on revient à notre époque contemporaine, où la Justice est remise entre les mains des hommes. Ce retour à notre époque clôt très bien cette trilogie. Elle pose la question fondamentale, toujours si prégnante d’actualité: Qu’est-ce que la démocratie? Comment l’honorer de la façon la plus juste possible?

L’écriture peut devenir le lieu idéal des réparations, face au passé. Ainsi, Alice Ronfard réhabilite ici le pouvoir des femmes, qui était inexistant au cours des différentes époques. Elle passe aussi un message de paix et de modération des différentes passions humaines destructrices. Jusqu’où doit aller la vengeance? La sagesse n’est-elle pas d’arrêter la loi du Talion?
Enfin, cette pièce nous invite à réfléchir sur notre humanité et sur l’avenir que nous souhaitons…


