Un programme éclectique, vibrant et passionnant attendait les quelque deux mille mélomanes venus entendre l’Orchestre métropolitain jouer la Cinquième symphonie de Tchaïkovski à la Maison symphonique. Le concert, dirigé par Maestro Kensho Watanabe, nous a permis de découvrir ce nouveau chef d’orchestre américain, reconnu pour son dynamisme, son écoute et la justesse de son interprétation.
Les œuvres présentées en première partie de concert rejoignaient parfaitement le thème de la Cinquième symphonie de Tchaïkovski, à savoir le « Fatum », ou ce foutu destin, en forme de cycle, où alternent constamment la douceur de vivre et la faux de la Grande faucheuse, toujours suspendue au-dessus de nos têtes, nous rappelant qu’il sera toujours impossible d’être pleinement heureux…
La première pièce présentée, « L’Ile des morts », de Rachmaninov, est fascinante et mystérieuse. Dans ce poème symphonique, créé suite à l’impression prégnante qu’avait eue sur lui la vue d’une peinture d’Arnold Böcklin en 1880, Rachmaninov a voulu illustrer musicalement, en 1907, l’effet qu’elle avait eu sur lui… Cette peinture montre une île aux immenses arbres noirs, mystérieuse, à l’ambiance inquiétante, entourée d’eau sombre, où un homme transporte dans une petite barque ce qui semble être un cercueil. Pour illustrer ce clapotement tranquille des flots, le compositeur a utilisé l’inhabituelle métrique en 5/8, soit 5 croches par mesure (au lieu de 4). Le Lento initial illustre donc ce mouvement asymétrique de la barque bercée par les flots, puis la musique enfle, se déploie en force, comme dirigée par une soudaine colère, une révolte des morts, un sursaut de vie… Les morts se réveilleraient-ils, ou le compositeur se réjouirait-il d’être toujours en vie, après avoir déposé son lourd fardeau?…

La seconde pièce, le Concerto pour basson, op. 79, est une commande de l’Orchestre métropolitain, jouée en Première mondiale. Le compositeur, Airat Rafailovich Ichmouratov est également chef d’orchestre et clarinettiste klezmer russo-canadien. Émigré au Québec en 1998, il a créé cette pièce de trois mouvements, jouée ici par l’excellent bassoniste solo de l’Orchestre métropolitain, Michel Bettez. Le premier mouvement, Promenade, reflète ses premières impressions de Montréal. On se promène donc allègrement, on rencontre des gens, l’atmosphère est légère et pleine de découvertes. Le second mouvement, Prière, rappelle que la Vie n’est pas toujours aussi calme et heureuse, qu’elle est aussi le lieu de vicissitudes, et que la meilleure réponse à tout cela peut être la prière. Enfin, le dernier mouvement rassemble les idées et sentiments des deux premiers mouvements, et célèbre l’épanouissement et l’accomplissement, à travers une musique remplie d’énergie et de virtuosité.

Enfin, le plat gourmand attendu, la Cinquième symphonie de Tchaïkovski, remplira toute la seconde partie du concert. Écrite en 1888, la Cinquième symphonie est la seule des six Symphonies de Tchaïkovski à posséder un thème cyclique revenant dans chacun des quatre mouvements, symbolisant la « Providence ». Comme la Quatrième et la Sixième symphonie, la Cinquième s’inscrit comme une réflexion autour du thème du « Fatum », ce cycle de la Vie et de la Mort, régi par le Destin. Le premier mouvement est décrit par Tchaïkovski comme une « totale résignation devant le Destin. » Puis une marche en émerge, comme une sorte de consolation lumineuse, mais qui s’assombrit à nouveau avec le thème du Fatum. Après la valse gracieuse et sereine du 3ème mouvement, le Finale se clôt en majeur, en un chant victorieux, intense et expressif, faisant vibrer en une folie de « delirium tremens » tous les instruments!
Crédit photo : François Goupil


