Critique
Du 15 avril au 16 mai 2026, le Théâtre Duceppe présente « Frères », la toute nouvelle pièce de Nathalie Doummar, dramaturge égypto-québécoise.
Celle qui nous avait donné « Mama » il y a quelques années – et que j’avais tant appréciée! – présente aujourd’hui « Frères », l’autre versant de son portrait psycho-social des relations entre les Arabes de sa famille et de la communauté. Alors que « Mama » explorait la sororité entre femmes égyptiennes de différents âges, « Frères » cherche à explorer les relations entre hommes d’une famille égyptienne.
Ainsi, cette famille égyptienne élargie, installée au Québec, passera une fin de semaine « exclusivement entre hommes », dans un chalet en bois rond, à Cacouna. Les membres de cette famille, formée de pères, de leurs fils, des cousins et des beaux-frères, se connaissent depuis toujours et forment un clan tissé-serré.

Durant la très grande partie de la pièce – soit les 75 premières minutes – les dialogues seront à bâtons rompus, allant dans toutes les directions, sans liens entre eux, comme autant de balles que personne n’attrape jamais. Ce sont des réflexions ou des commentaires que chacun semble faire uniquement pour soi. L’un parle de la beauté du « lac », l’autre du plat qu’il apporte, l’autre de la machine à café, etc. Aucun réel dialogue ne prend forme dans cette longue première partie de la pièce et aucun fil conducteur ne relie toutes ces interventions banales. Une avalanche de paroles… mais bien peu de sens… J’ai personnellement trouvé ça très long!
Si la pièce s’était arrêtée là, on n’aurait pas su en faire le résumé, sinon en disant que de simples banalités avaient été échangées durant 1 heure et 15 minutes. (Il est vrai, cependant, que cela peut coller à une certaine réalité : durant la première partie d’une telle fin de semaine organisée, la superficialité des échanges est souvent prépondérante.)
Enfin le sujet de la pièce arrive!
Ce n’est que durant la dernière demi-heure que le contenu se resserre et que la pièce prend enfin une direction et un sens: on traitera de la vision de la femme chez ces hommes issus de la communauté égyptienne. L’étincelle vient du père (Manuel Tadros) dont la femme vient de le quitter. Il cachait jusque là sa grande peine sous une fausse bonhommie. Ses fils, qui apprennent la nouvelle à ce moment-là, sont sous le choc. Que deviendront-ils sans l’âme de la maison? Une femme, une mère par surcroît, a-t-elle le droit de faire ça? Les autres protagonistes dissertent alors abondamment sur le sujet : une femme a-t-elle le droit, ou non, de quitter la maison? Pour ces hommes issus d’une culture paternaliste millénaire, cette situation est tout simplement invraisemblable et inacceptable…

Entre tous ces personnages, certains se distinguent par leur caractérisation. Ainsi, le strict réactionnaire sexagénaire, joué par l’excellent et très drôle Paul Ahmarani, fait sourire à plusieurs reprises. Il joue même une scène de pur vaudeville. Le jeune ado fatigant, qui crie tout le temps, est joué par Neil Elias. Ainsi, comme dans chaque famille, chacun y joue son rôle, selon sa personnalité. Il y a aussi, dans la pièce, quelqu’un (Étienne Coppée) qui joue du piano par moments; nous n’avons pas compris son rôle ni son lien avec la pièce…
Personnellement, comme j’avais vraiment beaucoup aimé la pièce Mama, je m’attendais à la même qualité et complexité du propos. Je n’ai pas retrouvé la finesse ni la saveur de « Mama ».
Co-mise en scène de Nathalie Doummar et Jean-Simon Traversy.
Avec Mustapha Aramis, Etienne Coppée, Neil Elias, Ariel Ifergan, Jean-René Moisan, Paul Ahmarani, Nour Shoukry, Manuel Tadros, Antoine Yared.
Crédit photos : Denis Taillon


