Critique
Du 2 septembre au 3 octobre, le Théâtre Duceppe présente « 24 poses », du dramaturge Serge Boucher, écrite en 1999, dans une mise en scène d’Édith Patenaude. C’était alors sa troisième pièce, après Natures mortes (1993) et Motel Hélène (1997). Depuis, l’écriture de Serge Boucher s’est nettement améliorée, se complexifiant et déployant largement ses ailes…
Disons-le tout de go : j’ai trouvé cette ancienne pièce de Serge Boucher très décevante : longue, monocorde et sans réel levier dramatique. Je suis une fan finie des séries télévisées de Boucher, que j’ai écoutées religieusement, car elles sont finement ciselées, bien orchestrées et complexes. Cette pièce, comparée à tout ce qu’a fait Boucher depuis ce temps, est nettement dans un registre de débutant.
Synopsis
Une famille élargie, composée de frères et sœurs, conjoints, oncles et tantes, se retrouve toute une journée dans une cour de maison, pour fêter l’anniversaire des 40 ans de Richard. Pendant les 2 heures que dure la pièce, on assiste presqu’exclusivement à du « small talk », concernant la température, l’achat d’une tondeuse à gazon, les occupations de l’un et de l’autre, le récit de vie de Claire (Guylaine Tremblay) et Denis (Martin Drainville) qui ont tenu un restaurant pendant 35 ans, le retard de François, les problèmes d’orientation de Claire, la robe neuve de Carole, la bière et les chips, etc. Bref, écouter toutes ces banalités pendant 2 heures, c’est long, plate et insignifiant. On se concentre, on pense toujours qu’il arrivera quelque chose… ben non, niet! Que des banalités insignifiantes pendant 2 heures! Il y a quand même quelques bonnes « jokes » qui nous font sourire, mais on attend toujours le fond de l’histoire, l’élément perturbateur qui viendra tout bousculer et nous amener ailleurs… Soulignons que tout le dialogue s’ancre entièrement dans notre québécitude partagée. On s’y reconnaît totalement!
Cet élément perturbateur qu’on attend – le pourquoi de cette pièce -n’arrivera que dans les 15 dernières minutes de la pièce, sans qu’aucun indice ne nous y ait préparé. C’est comme si ce suicide arrivait de nulle part, sans que l’on comprenne pourquoi. Les indices d’un tel mal-être sont à peu près absents de la trame narrative. On se demande donc pourquoi cet oncle s’est suicidé…
Tout au long de la pièce, on prend des photos pour immortaliser cette journée, d’où le titre « 24 poses ».
Le décor
On est dans la cour arrière d’une maison, avec chaises longues, tondeuse, petite piscine, table et chaises.
En arrière-plan, des fenêtres, telles des obturateurs de caméra, s’ouvrent et se referment, nous montrant ce que chacun des protagonistes fait individuellement, lorsqu’il est à l’abri des regards. C’est une belle trouvaille.
Morale de l’histoire
On reconnaît bien que, derrière toute cette banalité échangée, il y a toujours des non-dits dans chaque famille, mais encore faut-il préparer le spectateur pour qu’il comprenne les racines du drame qui se joue à son insu.


