Un texte très fort, de Michel Tremblay, des interprètes exceptionnels, une direction d’acteurs sans faille, « A toi pour toujours, ta Marie-Lou » est un véritable chef-d’œuvre. À voir absolument au Rideau-Vert, jusqu’au 28 février, en supplémentaire. Déjà, presque toutes les représentations affichent complet…
Comme toutes les œuvres d’art de grande qualité, cette œuvre de Tremblay demeure toujours d’actualité et pourra encore être jouée dans 50 ou 100 ans.
Écrite en 1991, À toi pour toujours, ta Marie-Lou relate le quotidien difficile d’une famille québécoise de classe moyenne (plutôt pauvre) d’un quartier ouvrier, dans les années 60-70. Tous les éléments socio-économiques sont réunis pour faire vivre à cette famille une misère complète, à tous points de vue.
Les personnages sont catapultés dans un destin qu’ils subissent et qui leur fait vivre une impuissance totale.
À cette époque, le Québec était plutôt pauvre. Marie-Louise (Madeleine Péloquin) est issue d’une très grande famille, où l’on vivait les uns par-dessus les autres, et son seul rêve est de s’en sortir, pour enfin pouvoir « respirer ». Elle marie donc le -presque- premier venu, Léopold (Michel Charette), un ouvrier d’usine, qui devra travailler à la sueur de son front pour faire vivre – à grand’peine – sa famille.
De ce déterminisme socio-économique découlera toute la misère familiale, autant physique que psychologique. Le manque d’espace (un petit 4 pièces pour 4 personnes) exacerbera les frustrations de chacun.
Au cours de la pièce, une mise en exergue de chacun des 4 membres de la famille rendra compte de la frustration de chacun. Marie-Louise, la mère, regrette amèrement son mariage, car elle a quitté un enfer de pauvreté et de manque d’espace, pour se retrouver dans une situation semblable. Mère de deux enfants, Manon (Catherine Paquin-Béchard) et Carmen (Rose-Anne Déry), elle attend un troisième enfant, conçu alors que son mari arrivait saoul de la taverne… La pilule n’était pas encore inventée à cette époque…
Léopold, bien sûr, réagit très mal à cette annonce, étant donné qu’il arrive à peine à nourrir et loger ses deux autres enfants… Cet employé d’usine, bien qu’ayant du cœur au ventre, travaille à très bas salaire. Il se questionne sur ce qui lui est arrivé, pour se retrouver dans une situation semblable… Son seul plaisir, la taverne le jeudi soir, lui est reproché par sa famille…
Manon s’est enfermée dans son désespoir et ses traumatismes, revivant constamment le passé de sa famille dysfonctionnelle.
Carmen, sa sœur aînée, tente, par tous les moyens, de l’en faire sortir, mais elle se heurte à un mur. Des quatre membres de la famille, c’est celle qui s’en est le mieux sortie : elle danse du western dans des petits bars…
Les acteurs imprègnent toute la scène de leur présence et de leur jeu scénique époustouflants. On pourrait presque couper au couteau l’atmosphère tragique et étouffante de cette famille écrasée par leur destin. Henri Chassé a réalisé une mise en scène parfaite, pour faire éclater cette tension dramatique et pesante qui émane de cette famille dysfonctionnelle. Chapeau aussi à Michel Charette, qui aspire tout l’air de cette pièce, pour rendre celle-ci si puissante, si étouffante et si magnifique!


